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Publié le dimanche 24 janvier 2010

Dimanche 24 janvier 2010
Un espace transformé en camp de concentration PAL

Gaza sous le supplice du garrot

José Goulão

Un an après le massacre, la population de Gaza reste soumise à un  siège cruel, de plus en plus resserré car le régime égyptien se  joint maintenant à Israël pour étouffer le territoire tandis que  la soi-disant communauté internationale feint de ne s’apercevoir  de rien, écrit José Goulão.


Il y a environ deux semaines, un groupe d’organisations  non-gouvernementales [ONG] renommées a lancé l’alarme : douze  derniers mois après la catastrophe imposée par le gouvernement et  l’armée d’Israël à la population sans défense de Gaza, les  institutions internationales n’ont pas respecté une seule de leurs  promesses de soutien et de secours faites alors que se déroulait  la tragédie. À ce moment-là beaucoup d’hommes politiques, de  nombreux gouvernements, de nombreuses organisations  transnationales avaient multiplié de pieuses déclarations  promettant toutes les formes d’aide pour que la population de Gaza  - plus d’un million et demi de personnes entassés dans une petite  bande de 300 kilomètres carrés - puisse vivre avec une minimum de  dignité.

Un an plus tard, la situation a encore empiré. A la mort brutale  provoquée par les instruments de guerre a succédé la morte lente,  une agonie qu’une grande partie du monde perçoit mal car elle  n’ouvre pas les journaux télévisés et ne fait pas les titres de  l’actualité. A moins qu’un désespéré ou un fanatique ne lance un  engin plus ou moins artisanal sur les troupes occupantes... et  alors oui, nous sommes devant un acte de terrorisme... Le reste,  le siège qui asphyxie, s’insère dans les mécanismes défensifs  routiniers de l’Etat d’Israël.

Ces derniers jours, des sursauts de violence militaire contre le  territoire ont refait surface, et on entend dire que c’est la  réponse d’Israël à de nouveaux lancements de roquettes faits « par  le Hamas », une déclaration qui peut ne pas être exacte tant sont  nombreux les groupes et groupuscules qui se reproduisent dans la  bande de Gaza, alimentés par le désespoir, la colère, la haine  d’une situation qui bouche complètement tout horizon.

Dans le même temps, le zèle avec lequel le régime égyptien prouve  qu’il veut devenir invulnérable sur sa frontière avec Gaza a  exacerbé l’irritation des habitants du territoire qui voient un  pays arabe « frère » adopter un comportement identique à celui  d’Israël. Il est facile de constater que le silence du  gouvernement de l’Autorité palestinienne [AP] de Mahmoud Abbas  Mahmoud face au comportement égyptien ne facilite pas du tout le  processus de réconciliation nationale, absolument nécessaire pour  que la résistance palestinienne retrouvent les conditions  minimales permettant de lutter pour ses droits nationaux.

Si, par absurde, les autorités de Ramallah s’imaginent trouver une  solution pour l’enclave « fondamentaliste » de Gaza grâce au  renforcement du siège, elles finiront par payer cette option tôt  ou tard, et très chère. Les premières victimes en seront une fois  encore les Palestiniens - à la fois ceux de Gaza et de la  Cisjordanie, de Jérusalem-Est et de la Diaspora, car la  reconnaissance et l’application de leurs droits apparaîtront  d’autant plus éloignés.

Le territoire de Gaza est l’une des plus touchés par les problèmes  humanitaires dans le monde. Il supporte une des densités  démographiques les plus importantes sur terre, largement dominée  par les générations plus jeunes ; il n’a pas de ressources  naturelles ou, à cause du siège, il ne peut pas exploiter les  rares qui lui restent ; il n’y a pas d’eau, pas de conditions  sanitaires minimales ; le système de santé est en rupture ; les  logements se détériorent, en particulier dans les camps de  réfugiés, nés déjà dans des conditions déplorables ; l’insalubrité  est générale, le chômage est absolu et les emplois dépendent du  filtre imposé par Israël, conformément à ses besoins en main-d’ œuvre esclave dans un espace transformé en camp de concentration.

Le régime égyptien d’Hosni Mubarak prétend que la mise en place de  ce qu’on appelle le « mur d’acier » pour fermer les accès par les  tunnels vers Gaza, serait liée la nécessité d’empêcher le trafic  d’armes, une initiative exigée par Israël afin que les relations  entre les deux pays ne soient pas détériorées. L’Égypte, à son  tour, fait valoir que ce geste de « bonne volonté » [vis-à-vis de  l’état sioniste] offre les conditions pour relancer les  négociations entre Israël et l’AP. Le « mur d’acier » fera cesser,  peut-être, le trafic d’armes. Mais il empêchera de façon certaine  l’entrée dans Gaza des biens essentiels qui y parviennent de cette  façon et atténuent, bien que de manière très limitée, les pénuries  générales. Un an après, la guerre contre Gaza se poursuit grâce à  l’arme de la faim.

Ce processus se développe dans le cadre général d’un Moyen-Orient  dominé par la stratégie du premier ministre israélien Benjamin  Netanyahu. Malgré quelques difficultés ponctuelles pour masquer  l’agitation de l’extrême droite et du fondamentalisme religieux et  présenter ainsi un semblant de modération, Netanyahu mène le jeu  militaire et diplomatique du moment qu’il est convaincu que le  président des États-Unis ne traduira pas en actes les intentions  affichées quant au processus diplomatique.

Barak Obama, comme on le sait, a commencé par demander à Israël de  geler la construction et l’expansion des colonies dans les  territoires palestiniens afin de créer un climat propice à la  reprise de négociations entre les parties belligérantes.

Netanyahou avait d’abord déclaré qu’il ne suspendrait pas la  colonisation afin de ne pas étouffer la « croissance naturelle »  de ces regroupements d’habitations, jugés illégaux, puis il a  proposé l’arrêt des travaux pendant 10 mois pour « tester » les  intentions palestiniennes, tout en autorisant l’annonce au même  moment de la construction de nouveaux logements juifs à  Jérusalem-Est, faisant valoir que ce territoire n’était pas  l’objet de négociations - un argument plus que suffisant pour  faire capoter les pourparlers.

Barak Obama et sa secrétaire d’Etat Clinton ne se sont jamais  ouvertement opposés à ces pratiques de Nétanyahou, se contentant  de légères remontrances sans conséquences. Ils ont d’autre part  clairement assumé une stratégie gouvernementale en faveur d’Israël  dans la région, l’isolement de l’Iran permettant de lier les  principaux pays arabes à cette politique, notamment l’Egypte.

Abbas et l’AP elle-même ont alimenté une certaine ambiguïté au  sujet de ces manoeuvres stratégiques, tout en sachant que le  gouvernement israélien veut imposer que l’Iran soit considéré  comme le principal problème au Moyen-Orient afin d’y dissoudre le  conflit israélo-palestinien, le reléguant ainsi au second plan.

Preuve de cette ambiguïté, Mahmmud Abbas a commencé par accepter  le report de la discussion du rapport de l’ONU qui concluait qu’il  y avait eu « crimes de guerre » lors de l’invasion israélienne de  Gaza, mais pour changer de position peu de temps après. En tout  état de cause, il est devenu clair que l’AP est l’otage des  promesses faites par les Etats-Unis de reprendre les négociations  de paix, et elle veut éviter toute initiative pouvant être  présentée comme un obstacle à la fois par Nétanyahou et Obama.

D’où son silence devant les actions égyptiennes à l’égard de Gaza,  réalisées dans le cadre d’une convergence stratégique entre le  Caire, Washington et Tel-Aviv.

Alors que le mur israélien d’Apartheid continue de s’étendre en  Cisjordanie et que l’Egypte installe le « mur d’acier » face aux  tunnels permettant de joindre la bande de Gaza, Israël a monté un  système de fusées antimissiles tout autour du territoire assiégé,  ôtant ainsi toute signification à la question du trafic d’armes.

Un an après le massacre de Gaza, les principales victimes restent  les Palestiniens où qu’ils soient, de plus en plus éloignés de la  reconnaissance de leurs légitimes droits nationaux. Netanyahu mène  le jeu de dire « non » face à la complaisance d’Obama et l’AP  reste en place bien au-delà de son mandat tout en espérant faire  partie de négociations qui jamais ne reprendront. Quant au Hamas,  non seulement il survit, mais il continue de se développer,  capitalisant de plus en plus les énergies de la résistance  palestinienne face aux compromissions et ambiguïtés de l’AP de  Ramallah. La soi-disant communauté internationale et le Quatuor en  charge de la question de la feuille de route « pour la paix » se  tiennent à l’écart de tout comme d’habitude.

Et le garrot se resserre autour des habitants de Gaza, tandis que  le mur en Cisjordanie renforce l’occupation en convergence avec  l’avancée des colonies de peuplement et des différentes formes de  présence militaire israélienne. Le jour où sera annoncée la  reprise de négociations, il n’y aura plus rien à négocier...

* José Goulão est député du Bloc de Gauche (Portugal) au parlement  européen.

http://www.info-palestine.net/article.php3?id_article=8024


Par jeromet • 2010-01-24 13:28:45
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